- 27 juin 2023
- Posted by: William BIRDWELL
- Category: Formation interculturelle
Une question piège
J’ai récemment participé à une conférence sur la formation interculturelle. Un directeur des ressources humaines qui avait vécu et travaillé à l’étranger, a posé la question suivante : « Quelqu’un peut-il vraiment comprendre une culture après avoir participé à un séminaire d’une journée sur, disons, la culture chinoise ? Cela vaut-il vraiment la peine d’investir de l’argent dans un cours de formation d’un ou deux jours ? »
Ces questions sont légitimes, mais elles ont été posées pour mettre l’orateur au pied du mur. À la première question, la réponse évidente et honnête est un « non » clair et sans ambiguïté, tandis qu’à la seconde, la réponse est un « OUI » catégorique.
Je suis américain. Je vis et travaille en France depuis 40 ans. J’ai une formation en histoire et en anthropologie et j’aimerais me considérer comme un bon observateur objectif des gens et des cultures. Cependant, je dois admettre qu’il y a encore différentes facettes de la culture française que j’essaie de comprendre. Chaque jour, je fais le lien entre des événements historiques, la géographie, la famille, la technologie, l’éducation, les institutions, la langue et la religion qui m’amènent à une compréhension plus profonde de la culture et du comportement français. Ce que je trouve encore plus difficile, c’est de comprendre ma propre culture américaine. Je ressens la culture et l’incidence qu’elle a sur ma manière de traiter les informations et de réagir à différentes situations et à différentes personnes. Essayer de décrire objectivement la culture américaine et d’aider les autres à la comprendre a toujours été un exercice décourageant.
« L’étrange devient familier et le familier devient étrange ».
Néanmoins, je suis convaincu que les participants peuvent effectivement apprendre beaucoup de choses sur une culture ou sur la communication interculturelle en une journée de formation. Nous recevons régulièrement, deux ou trois mois après nos séminaires, des commentaires de nos participants qui nous remercient et nous expliquent comment la formation les a aidés à améliorer leurs relations professionnelles ou à s’adapter à la vie dans un nouveau pays.
La capacité de l’instructeur à établir un lien avec les participants sur les plans intellectuel, pratique et émotionnel est essentielle pour stimuler l’intérêt et la curiosité.
Au fil de mon expérience personnelle à l’université et dans les cours de formation des cadres, j’ai connu ces moments singuliers et extraordinaires où un professeur, ou un instructeur, a dit quelque chose qui a changé ma vision du monde. Dans le cadre d’un cours d’une journée de formation interculturelle, il y a souvent ces moments magiques, ces « révélations » parmi nos étudiants lorsqu’ils comprennent soudainement la raison d’un comportement ou d’une attitude de leurs collègues, de membres de leur équipe et managers étrangers qui les avait déconcertés. Ils sont alors plus à même de faire face à des situations spécifiques et à des comportements dictés par la culture.
Il arrive que les participants prennent conscience d’eux-mêmes et de leur propre culture. Ils réalisent souvent à quel point leur propre culture peut être étrange pour des personnes extérieures : « L’étrange devient familier et le familier devient étrange ». Alors oui, les résultats sont tangibles. Il est possible d’élaborer des plans d’action simples et efficaces qui permettent à la quasi-totalité des participants de bénéficier d’un retour sur investissement.
Ouvrir les portes de la compréhension
Une formation d’une journée est souvent l’occasion d’ouvrir les portes de la compréhension d’une culture. Le proverbe dit : « Donnez un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprenez-lui à pêcher , il mangera toute sa vie ».
Dans toute bonne formation, et en particulier dans les cours de communication interculturelle, il est essentiel de donner aux participants des outils ou des méthodes d’analyse. Les participants ouverts d’esprit peuvent alors utiliser ces outils pour analyser et approfondir les différences culturelles. Aider nos participants à développer un cadre pour comprendre comment les personnes d’autres cultures communiquent, prennent des décisions, développent la confiance, donnent et reçoivent un retour d’information, gèrent le temps, etc… les aide à ajuster leur propre comportement pour faire avancer les choses et éviter les malentendus et les conflits. Ils découvrent les fondements d’une société ou d’une culture spécifique et, dans le meilleur des cas ; ils seront suffisamment intéressés pour aller plus loin dans leur propre apprentissage de l’histoire, des religions et de la langue d’une culture. Ils apprennent également l’importance de la patience, de l’écoute active, de l’empathie et de la prise de recul pour mieux comprendre une situation avant de réagir.
Ce n’est qu’un début
Oui, en effet, une formation d’un ou deux jours ne fait qu’effleurer la compréhension d’une culture. Il faut des années, voire une vie entière, pour comprendre pleinement une culture.
Tous les grands voyages commencent par un premier pas. Ainsi, une formation d’un ou deux jours sur une culture spécifique ou sur la communication interculturelle en général pourrait être le point de départ d’un long voyage, fructueux et fascinant, pour de nombreuses personnes.
Je trouve votre article super intéressant, Merci.
Me concernant et c’est mon expérience personnelle de non-spécialiste en anthropologie et sociologie, je vois la « matière » différence interculturelle comme une clé pour comprendre un « code » propre à chaque groupe de personnes ayant les mêmes origines géographique. Étant Français, mais issue de Nouvelle-Calédonie, à 23 mille kilomètres de la métropole, je ressens déjà une importante différence malgré des similitudes présentes comme la langue ou l’éducation scolaire. J’ai dû acquérir ce code pour mieux comprendre mes interlocuteurs et leurs habitudes, leurs postures qui ne sont toujours pas forcément pas les miennes.