Comprendre la culture du travail en Australie : décontractés ou paresseux ?

Malentendus interculturels dans le cadre d’une collaboration avec des Australiens

« Fainéants. Aucun sens de l’’initiative. Aucun professionnalisme ».

Ce sont les termes sans filtre qu’on m’a lancés lorsque j’ai posé une question toute simple :
« Comment se passe votre collaboration avec les Australiens ? » Les personnes présentes dans la pièce, des professionnels français engagés dans un important projet d’infrastructure sur le sol australien, exprimaient un mélange de frustration et de soulagement, peut-être dû à la possibilité de pouvoir enfin exprimer leurs pensées librement.

D’après mon expérience de spécialiste interculturel, il faut généralement du temps avant que les gens se sentent suffisamment à l’aise pour parler franchement de leur perception du travail avec des étrangers. Mais cette fois-ci, il était clair dès le départ que mes participants français avaient atteint la limite de leur patience. La danse subtile de la diplomatie culturelle fut momentanément mise de côté alors qu’ils faisaient part de leur point de vue : ils trouvaient que l’éthique de travail australienne était, en un mot, paresseuse.

En tant qu’Australien, il serait facile de balayer ces commentaires d’un revers de main en les qualifiant de simple arrogance française – après tout, le stéréotype du Français distant qui regarde de haut l’Australien décontracté est bien connu. Cependant, après avoir passé des années à naviguer dans les eaux troubles de la communication interculturelle, je savais qu’il n’y avait pas que des stéréotypes nationaux en cause. Il s’agissait d’un véritable malentendu culturel, et il me fallait les amener à mieux comprendre cette situation délicate.

Formalité et informalité : le grand fossé !

L’un des premiers points sur lesquels les Français et les Australiens s’opposent souvent est leur approche de la formalité. En France, l’accent est mis sur la formalité, la hiérarchie et le protocole. Les titres professionnels et ce que cela implique sont respectés et l’on s’attend à un certain décorum sur le lieu de travail. À l’inverse, les Australiens sont connus pour leur approche égalitaire. Ici, il n’est pas rare de voir le PDG et l’agent d’entretien s’adresser l’un à l’autre par leur prénom, et le concept d’une hiérarchie rigide peut sembler presque arrogant et élitiste.

Pour les Français, cette décontraction peut être perçue comme un manque de respect ou de sérieux. Ils pourraient considérer que les Australiens sont trop décontractés, non seulement dans leur habillement ou leurs propos, mais aussi dans leur approche du travail lui-même. D’autre part, les Australiens peuvent considérer l’importance accordée par les Français aux titres et aux formalités comme inutilement rigide, ou pire, comme prétentieuse.

Je me souviens d’un cas particulier au cours de nos ateliers où un manager français a fait part de sa perplexité lorsque son homologue australien l’a salué d’un chaleureux « G’day, fella ! » (« Salut mon pote !», en français). Le dirigeant français, habitué à un « Bonjour, Monsieur » plus formel, ne savait pas vraiment comment réagir. Cet Australien essayait-il de saper son autorité ou était-il simplement amical ? Ce petit échange, apparemment insignifiant, était un exemple parfait pour illustrer les différences culturelles plus larges qui sont en jeu.

Communication : Directe ou profonde

Les styles de communication sont un autre domaine propice aux malentendus. Les Australiens sont connus pour leur style de communication direct, concis et très informel. Ils ont tendance à dire ce qu’ils pensent et à penser ce qu’ils disent, avec une certaine dose d’humour et d’expressions familières, sans laisser place à l’ambiguïté. Cette franchise peut déconcerter les personnes issues de cultures qui valorisent une manière plus nuancée ou plus élaborée d’exprimer les idées.

Pour les Français, la communication est souvent un exercice intellectuel. Les discussions doivent être approfondies, les débats sont bienvenus et un certain niveau d’éloquence est apprécié. Les Australiens peuvent interpréter cette attitude comme étant trop compliquée, voire antagoniste. Pour eux, il peut sembler que les Français sont plus intéressés par le débat lui-même que par la recherche d’une solution pratique.

Au cours de nos ateliers, l’un des participants français a raconté la frustration qu’il avait ressentie lors d’une réunion avec son équipe australienne. Il avait préparé une présentation détaillée, assortie d’une analyse approfondie et de plusieurs scénarios possibles. Pourtant, les Australiens ont semblé rejeter son dur labeur en lui disant rapidement : « Passons à l’action ». Ce qu’il avait envisagé comme une exploration réfléchie des options fut perçu par les Australiens comme du bla-bla inutile.

C’est dans ces moments-là que je me suis retrouvé à jouer les médiateurs, afin d’expliquer que ce qu’une culture considère comme de la minutie, une autre peut le considérer comme de la sur-réflexion. Le défi n’était pas de changer ces styles de communication profondément ancrés, mais de comprendre le point de vue de chaque partie.

Règles, procédures et perception de la verticalité

Lorsqu’il s’agit de règles et de procédures, les Français et les Australiens se retrouvent une fois de plus aux antipodes les uns des autres. Les Français (du point de vue australien) sont souvent perçus comme des gardiens des règles, avec une forte adhésion aux procédures et une compréhension claire de l’importance de les suivre à la lettre. Les Australiens, en revanche, ont tendance à privilégier la flexibilité. Ils sont plus enclins à considérer les règles comme des lignes directrices plutôt que comme des directives strictes, et ils privilégient souvent l’aspect pratique plutôt que le respect rigide du protocole.

Cette différence d’approche peut engendrer une grande frustration. Pour les Français, l’attitude australienne peut passer pour de la négligence ou de l’insouciance. Pour les Australiens, l’accent mis par les Français sur les règles peut sembler étouffant et trop bureaucratique.

Je me souviens d’une discussion particulièrement animée lors de l’une de nos sessions, au cours de laquelle un chef de projet Français a exprimé son exaspération face à ce qu’il considérait comme l’attitude cavalière des Australiens en matière de gestion des risques et de responsabilité. Selon lui, les Australiens prenaient des risques inutiles en ne suivant pas les procédures à la lettre. Les Australiens, quant à eux, ont fait valoir qu’ils étaient simplement pragmatiques et qu’ils adaptaient les règles à la situation du moment.

Ce choc des perspectives est un parfait exemple de la manière dont les différences culturelles peuvent se manifester sur le lieu de travail, entraînant des malentendus qui peuvent s’aggraver s’ils ne sont pas résolus. Il ne s’agit pas de dire qu’une approche est bonne et l’autre mauvaise ; il s’agit plutôt de reconnaître que les différentes cultures ont des façons différentes d’atteindre le même objectif.

Prise de décision : Rapidité ou délibération

Un autre point de discorde est le processus de prise de décision. Les Australiens sont connus pour leur attitude pragmatique et leur volonté d’agir. Les décisions sont souvent prises rapidement, en privilégiant l’action concrète. Cette attitude contraste fortement avec l’approche française, qui tend à être plus délibérative et hiérarchique. En France, les décisions impliquent souvent plusieurs niveaux d’approbation et un examen approfondi de tous les résultats possibles.

Cette différence de rythme peut être une source de frustration pour les deux parties. Les Français peuvent considérer l’approche australienne comme irréfléchie ou manquant de diligence, tandis que les Australiens peuvent considérer le processus français comme lent et trop compliqué.

L’un des participants français à notre session a fait part de son expérience d’une réunion de projet où, après une longue discussion, les Australiens avaient pris une décision et étaient passés à autre chose avant qu’il n’ait eu le sentiment que tous les points importants avaient été pleinement pris en compte. Pour lui, il s’agissait d’un manque de rigueur ; pour les Australiens, il s’agissait simplement de maintenir le projet sur la bonne voie et d’éviter les détails inutiles.

Ces différentes approches de la prise de décision peuvent créer des tensions, mais elles peuvent aussi se compléter si elles sont bien gérées. L’essentiel est de trouver un équilibre entre le besoin de rapidité et la nécessité d’une réflexion approfondie – un équilibre qui ne peut être atteint que par la compréhension interculturelle, le respect des normes culturelles de chacun et, surtout, la définition d’attentes mutuellement acceptables concernant ce que j’appelle « les règles non écrites de la façon dont nous faisons les choses ici ». En d’autres termes, plutôt que de suivre les normes de la culture A ou de la culture B, sur quoi pouvons-nous nous mettre d’accord en tant que « troisième culture » pendant que nous travaillons ensemble sur ce projet ?

Équilibre entre vie professionnelle et vie privée : flexibilité ou rigidité

L’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est un sujet qui tient à cœur à de nombreux Australiens, et c’est l’un des rares domaines où il existe un terrain d’entente avec les Français. Les deux cultures accordent de l’importance au temps passé hors du travail, mais elles l’abordent de manière différente.

En Australie, les horaires de travail sont très souples. Il n’est pas rare que les gens partent plus tôt pour aller surfer ou passer du temps en famille, étant entendu qu’ils rattraperont le temps perdu plus tard. Les Australiens ont également tendance à prendre des vacances plus courtes et plus fréquentes. Malheureusement, cela se fait souvent au détriment du respect des échéances des projets critiques, ce qui, bien sûr, peut entraîner une frustration sans fin pour leurs collaborateurs étrangers.

En France, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est également très apprécié, mais les horaires de travail et les congés sont plus rigides. Les Français ont tendance à avoir des vacances plus longues, et il existe une distinction claire entre le temps de travail et le temps personnel. Cela peut être perçu comme un manque d’engagement par les Australiens, qui peuvent considérer l’approche française comme rigide.

Un participant français à notre session a exprimé sa surprise devant le nombre d’Australiens qui semblaient partir plus tôt ou prendre de longs week-ends, même pendant les phases critiques du projet. Pour lui, c’était le signe qu’ils ne s’engageaient pas pleinement dans le projet. Les Australiens, quant à eux, étaient déconcertés par l’insistance des Français à respecter rigoureusement leurs horaires de travail. Cependant, j’ai observé que les Français accordent une plus grande priorité que les Australiens au report de leur temps de travail lorsqu’un projet exige un effort supplémentaire.

Cette différence d’approche concernant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée peut conduire à des malentendus, mais c’est aussi l’occasion d’apprendre les uns des autres. La flexibilité australienne peut être un répit bienvenu pour ceux qui sont habitués à un système plus rigide, tandis que l’accent mis par les Français sur la protection du temps personnel peut servir à rappeler l’importance de ne pas laisser le travail trop empiéter sur la vie.

Combler le fossé culturel

À la fin de notre atelier de deux jours, l’ambiance dans la salle avait changé. Là où il y avait de la frustration et de la confusion, il y avait maintenant un sentiment de compréhension. Les participants français commençaient à comprendre que l’approche australienne du travail n’était pas une question de paresse ou de manque d’engagement ; elle était simplement différente. Et en tant qu’Australien, j’étais plus à même d’apprécier l’attachement des Français à la rigueur et à la structure.

Cela ne veut pas dire que toutes les différences culturelles ont disparu du jour au lendemain, loin de là. Mais en étant plus conscients de l’origine de ces différences, les participants français étaient mieux équipés pour gérer les conversations qu’ils devaient avoir avec leurs collaborateurs australiens. Ils ont quitté l’atelier avec un nouvel ensemble d’outils : non seulement des stratégies pratiques pour travailler ensemble, mais aussi une curiosité culturelle plus profonde qui leur sera utile à l’avenir.

En fin de compte, les malentendus interculturels font inévitablement partie du travail dans un environnement mondialisé. Mais ils ne doivent pas être une source de frustration. Avec un peu de patience, d’empathie et de volonté de voir les choses d’un autre point de vue, ils peuvent être une occasion de croissance, tant sur le plan personnel que professionnel.

Ainsi, la prochaine fois que vous travaillerez avec des Australiens et que vous vous demanderez pourquoi ils semblent si détendus ou pourquoi les décisions sont prises si rapidement, rappelez-vous qu’il ne s’agit pas de paresse ou d’un manque d’initiative. Il s’agit simplement d’une façon différente de faire les choses – une façon qui, avec un peu de compréhension, peut mener à une collaboration fructueuse et enrichissante.

Craig Shim, basé en Australie et collaborateur de Birdwell Communication & Cultures (BCC), a récemment organisé un programme de formation interculturelle pour le compte de BCC à l’intention d’une équipe de ressortissants français travaillant en Australie.

  • Craig

    Craig est un consultant expert interculturel et propriétaire de deux entreprises dont la mission est...
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