- 6 février 2024
- Posted by: Véronique Genot Salmeron
- Category: Culture indienne
La famille, la hiérarchie et le respect
Dans un pays comme l’Inde, qui compte plus de 1,4 milliard d’habitants, faire des affaires et collaborer avec les Indiens est un phénomène complexe. À cela s’ajoute la grande diversité culturelle que l’on peut observer à travers la présence de différentes religions, langues et groupes ethniques. Cependant, il existe certains éléments qui relient, tel un fil rouge, cette terre de grande diversité culturelle. Lorsque l’on observe et examine en profondeur la société indienne et sa culture, on remarque que ces éléments manifestes influent sur le processus de prise de décision et les attitudes des entreprises en Inde.
Les trois principaux éléments qui constituent le fondement de la société indienne sont : la famille, la hiérarchie et le respect. Ils constituent les trois principaux piliers, et leur compréhension aidera toute personne souhaitant travailler et collaborer avec les Indiens. Dans les paragraphes suivants, cet article entend souligner l’importance de chacun de ces piliers et la manière dont ils façonnent l’attitude du monde des affaires en Inde.
La famille
Pour comprendre la société et la culture indiennes, il est essentiel d’examiner le rôle de la « famille ». Cet aspect est fondamental du fait que le rôle et l’influence de la famille sont transposés dans toutes les sphères de la vie en Inde La cellule familiale indienne joue un rôle important dans le processus de prise de décision d’un individu. Contrairement à la culture occidentale, qui est davantage axée sur la protection et la liberté de l’individu, la culture indienne accorde la priorité à l’honneur et au statut de la famille. Dans cette culture, le souci de préserver l’intégrité du nom et du bien-être de la famille est plus important que dans beaucoup d’autres
Les choix faits par la famille, et même par la famille élargie, sont toujours considérés comme étant dans le meilleur intérêt de l’individu. L’honneur et le nom de la famille doivent être perpétués et défendus, même au prix de sacrifices individuels. On observe souvent que les parents, les grands-parents et d’autres membres de la famille influencent le choix de l’un des membres. Il peut s’agir du choix des études, de l’emploi, de mariage et même d’engagements professionnels. C’est l’ensemble de la structure familiale qui guide les choix d’un individu. L’importance de la famille se manifeste dans l’institution du mariage en Inde. Plus de 90 % des mariages en Inde sont arrangés par la famille, sur la base de la religion, de la caste, de la communauté, du statut social, de l’éducation, etc. Même lorsqu’il s’agit d’emploi, de nombreuses familles jouent un rôle important dans le processus de décision.
Le revers de la médaille, c’est que de nombreux Indiens deviennent très dépendants de leur famille pour tout, même après avoir trouvé un emploi ou s’être mariés. Cela peut parfois donner l’impression que la prise de décision est un processus complexe pour de nombreux Indiens et qu’ils se tournent toujours vers leurs supérieurs pour prendre des responsabilités et des décisions. En outre, dans l’environnement professionnel, le directeur ou le propriétaire a une figure maternelle ou paternelle et les employés ont tendance à se tourner vers les personnes occupant des postes plus élevés pour toute décision, initiative et responsabilité. De ce point de vue, les employés indiens ont généralement tendance à prendre moins de risques et d’initiatives. Ils ont besoin d’être davantage guidés, car faire leurs propres choix n’est pas leur point fort. Ils se tourneront vers leurs managers et directeurs qui sont censés jouer le rôle d’aînés pour prendre les décisions et assumer les risques.
La hiérarchie
Le deuxième pilier de la société indienne est la hiérarchie, qui est le symbole de la reconnaissance sociale et professionnelle que l’on reçoit de son entourage. En Inde, la hiérarchie est très visible dans tous les secteurs de la société et les Indiens aiment, en général, montrer leur statut hiérarchique de différentes manières. Là encore, la première expérience de la hiérarchie commence au sein de la cellule familiale. Dans une structure familiale classique, la personne la plus âgée est hiérarchiquement supérieure, ce qui se traduit par le respect ou la crainte qu’on lui porte. Ses décisions peuvent parfois avoir le dernier mot dans certaines familles.
Plusieurs titres sont attribués à tous les membres de la famille, y compris aux frères et sœurs. En Inde, il est très rare que l’on s’adresse à sa sœur aînée par son seul nom ; on utilise généralement un « préfixe » ou un « suffixe » ajouté à son nom. En dehors de la sphère familiale, il peut s’agir d’une simple utilisation de « monsieur » et « madame » parce que quelqu’un semble être hiérarchiquement supérieur, qu’il est un client potentiel ou qu’il occupe un poste ou une fonction particulière, et dans certains cas, parce qu’il est plus aisé financièrement.
L’Inde est également célèbre pour son système de castes qui fait partie de la religion hindoue, pratiquée par la majorité des Indiens. Le système des castes est une structure pyramidale de la société hindoue basée sur le travail et le devoir des personnes transmis par les lignées ancestrales. Ce système classe les hindous dans une structure hiérarchique stricte qui ne peut être modifiée. Il s’agit d’un exemple classique de hiérarchie et de son acceptation culturelle par les Indiens en général.
Dans le monde professionnel, bien que le système des castes reste généralement dans l’ombre, d’autres titres sociaux tels que docteur, professeur, titres militaires, titres officiels, voire diplômes et professions, sont mis en évidence avant ou après le nom des personnes pour montrer leur importance sociale. La représentation de cette hiérarchie est très visible dans le monde professionnel, avec de nombreux cadres supérieurs appartenant à une certaine tranche d’âge. Les employés indiens, en raison de leur éducation familiale et du principe de hiérarchie, ont tendance à se tourner vers leur manager ou directeur pour toutes prises de décisions et d’initiatives.
Le rôle d’un manager ou d’un directeur s’apparente alors davantage à une approche parentale, qui consiste à comprendre les besoins des employés et à leur donner des directives. En raison de la forte présence de la hiérarchie, le manager devient un guide et un mentor pour son équipe. Cependant, le directeur ou le manager reçoit peu de feedback, car critiquer un supérieur n’est pas bien vu dans la société indienne. Ainsi, en raison de la forte présence de la hiérarchie, les directeurs et les gestionnaires ne reçoivent pas toujours le retour d’information critique dont ils pourraient avoir besoin pour mener le projet à bien. Néanmoins, en raison de la mondialisation et de l’influence croissante des pratiques de gestion occidentales, des changements peuvent être observés dans de nombreuses structures d’entreprise en Inde.
Le respect
Le dernier pilier important de la société indienne est le respect. Cet élément est nécessaire au bon fonctionnement de la hiérarchie. Si l’on étudie de près, c’est au sein de la cellule familiale que la notion de respect est introduite pour la première fois. Et selon les familles, il peut y avoir des protocoles stricts à ce sujet. Par exemple, si une personne plus âgée entre dans la maison ou même dans la chambre, le plus jeune a l’obligation de se lever pour montrer son respect. Dans la société indienne, les personnes âgées jouissent d’un statut particulier, que l’on peut observer dans les transports publics et les lieux publics, où l’on est censé céder sa place à une personne âgée.
Dans le monde professionnel, l’une des façons d’exprimer ce respect est de se lever lorsque les directeurs ou les propriétaires de l’entreprise entrent dans la pièce. Un autre moyen de montrer son respect est de reconnaître leur position hiérarchique dans la société ou leurs titres professionnels, s’ils en ont. Une trop grande égalité entre les employés occupant des positions hiérarchiques différentes peut être interprétée comme un manque de respect par certains. Le fait de remettre en question les supérieurs ou d’entrer en conflit direct avec eux dans un environnement professionnel peut être considéré comme un manque de respect du protocole socioculturel. Toutefois, il est normal que le directeur ou le responsable manifeste son mécontentement à l’égard des performances de l’équipe, voire se mette en colère, si nécessaire. Cela n’est pas considéré comme un manque de respect, car il s’agit d’une personne hiérarchiquement supérieure dans la chaîne de commandement. L’Inde étant une société verticale, il existe un principe sous-jacent selon lequel les supérieurs hiérarchiques ont presque toujours raison et ne sauraient être remis en question.
Tels sont les ingrédients clés pour comprendre les trois piliers qui constituent le fondement de la société indienne. Une fois que nous avons compris ces trois piliers et leur influence sur l’environnement commercial et professionnel, cela peut aider ceux qui travaillent et collaborent avec les Indiens à avoir une longueur d’avance et les connaissances nécessaires pour le faire.
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